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QUEL PHÉNOMÈNE,
cet Alain Mimoun ! A 80
ans, on dirait un gamin. Toujours alerte. L'oeil vif.
À l'aise dans ses baskets et son survêtement de
sport. Pour lui, la vie est belle. Deux secondes
après vous avoir rencontré, cet athlète
d'exception vous embrasse, vous frappe amicalement dans le
dos et se livre comme si vous étiez son meilleur ami.
Il est « humain ». Entier. Vrai. Il aime
séduire. Et plaisanter. Il sort de son portefeuille
une photo de lui quand il avait 22 ans. « Je ne suis
pas mignon ? Je parie que si je montre cette photo à
ta femme, elle tombe comme une mouche », a -t-il
lancé hier à son ami Bernard Fassnacht qui l'a
invité pour la Fête du Tilleul de ce week-end
à Burnhaupt-le-Haut. Alain Mimoun a toujours la
forme. Arrivé jeudi, malgré un long voyage en
train, pour se décontracter, il a couru 4 km en fin
d'après-midi avec Nastasia, la petite fille de
Bernard. Hier matin, après avoir admiré le
vitrail de sainte Thérèse, sa patronne
protectrice, et allumé un cierge à
l'église de Burnhaupt, pour faire rigoler son
entourage, il a simulé un sprint dans la nef. Puis il
a pris un bain de jouvence, en allant rendre visite aux
élèves de CM2 de Claude Masson et de CE2 de
Xavier Trommenschlager qui lui ont posé de nombreuses
questions.
Laetitia : quel avait
été votre entraînement, lors de votre
titre de champion olympique à Melbourne en 1956
?
Pendant deux ans, j'ai fait 40
km par jour. Je m'entraînais en secret en
Corrèze. Quand je suis arrivé en Australie,
personne, même pas ma femme, ne savait que j'allais
courir le marathon. Quand je l'ai annoncé, on ne m'a
pas pris au sérieux. Et pourtant, j'ai gagné.
Pendant l'épreuve, il a fait 400C. J'ai perdu 4 kg.
J'étais comme un squelette ambulant. Vous savez, en
soixante ans de sport, ma vieille carcasse a couru
l'équivalent de six fois le tour de la
Terre.
Marc : demain (NDLR :
aujourd'hui) est-ce que vous allez courir les 10 km de la
Ronde du Tilleul ?
Ça ne va pas la
tête ! A 80 ans, tu rigoles. Demande à ton
grand-père de courir, et tu verras s'il le fait. Tu
imagines la tête de mon ami Bernard Fassnacht, si je
meurs en courant.
Elodie : qu'est-ce qui vous a
donné envie de courir ?
J'étais
déjà sportif et champion olympique dans le
ventre de ma maman. Quand elle était enceinte, elle
m'a dit que je bougeais beaucoup. Champion, c'est un don de
la mère et du ciel.
Nicolas : avez-vous
déjà abandonné une course
?
Il ne faut jamais abandonner. On
doit toujours finir une course, même si on est pas
bien. Même s'il faut mettre cinq heures pour aller au
bout d'un marathon.
Killian : quels sont vos
meilleurs souvenirs ?
Un des plus importants, c'est la
rencontre avec ma femme. Elle est originaire de
Corrèze. C'est fou comment un petit
département a pu donner des grands hommes : trois
papes, un président du Conseil, un président
de la République et un champion
olympique.
Caroline : avez-vous
pratiqué d'autres sports que la course
?
J'ai découvert
l'athlétisme à 18 ans, à
l'armée. Avant j'ai joué au football,
j'étais capitaine à 12 ans. A 14 ans, en
Algérie, avec mon vélo lourd de 17 kg, je
battais tout le monde. Cela m'a musclé les
cuisses.
Delphine : vos enfants
courent-ils ?
Mon petit-fils fait beaucoup de
sport. J'ai toujours dit qu'il fallait que les enfants
commencent le sport dès la maternelle. Il faut que la
course soit un jeu. Il faut aller à son allure
jusqu'à 16 ans. Après on peut
forcer.
Loic : combien avez-vous de
coupes ?
J'ai une pièce
entièrement consacrée à mes
trophées. Dans ma salle à manger, j'ai aussi
une médaille d'or de Jean-Paul II. Il me l'a fait
transmettre. Lui aussi était un grand sportif. Le
pape a dû apprécier mes exploits. J'ai
été 32 fois champion de France, 4 fois
médaillé olympique, 4 fois champion du monde
de cross. Je dis toujours, celui qui m'égalera,
même sa grand-mère n'est pas encore née
!
Jean-Philippe : quel souvenir
gardez-vous de votre titre olympique ?
J'avais mis cinq jours pour me
rendre en Australie. Je me souviens qu'il y avait eu
plusieurs signes venus du ciel. Premièrement, le jour
du marathon, il a fait un grand soleil, alors qu'il avait
plu les jours précédants. Deuxièmement,
ma fille Olympe est née la veille de
l'épreuve. Enfin, pour la course, on m'a donné
le dossard 13. C'est incroyable !
Alexandre : quel est votre sport
préféré ?
La course à pied. C'est
la maman de tous les sports.
Les enfants de l'école de
Burnhaupt-Le-Haut ont accueilli l'athlète dans la
cour de récréation. Pour Alain Mimoun, il faut
commencer le sport dès la maternelle.
Recueillis par Patrice
Barrère
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