ALAIN MIMOUN
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A Burnhaupt le Haut
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Vendredi 22 juin 2001

« J'étais champion olympique dans le ventre de ma maman »
 
Alain Mimoun, le légendaire athlète du marathon de Melbourne, a inauguré hier soir le circuit de la Ronde du Tilleul de Burnhaupt-le-Haut portant son nom. Le matin, il avait rencontré les enfants de l'école du village pour un jeu de questions-réponses.
 
Recueillis par Patrice Barrère Directeur de l'Alsace à Thann

QUEL PHÉNOMÈNE, cet Alain Mimoun ! A 80 ans, on dirait un gamin. Toujours alerte. L'oeil vif. À l'aise dans ses baskets et son survêtement de sport. Pour lui, la vie est belle. Deux secondes après vous avoir rencontré, cet athlète d'exception vous embrasse, vous frappe amicalement dans le dos et se livre comme si vous étiez son meilleur ami. Il est « humain ». Entier. Vrai. Il aime séduire. Et plaisanter. Il sort de son portefeuille une photo de lui quand il avait 22 ans. « Je ne suis pas mignon ? Je parie que si je montre cette photo à ta femme, elle tombe comme une mouche », a -t-il lancé hier à son ami Bernard Fassnacht qui l'a invité pour la Fête du Tilleul de ce week-end à Burnhaupt-le-Haut. Alain Mimoun a toujours la forme. Arrivé jeudi, malgré un long voyage en train, pour se décontracter, il a couru 4 km en fin d'après-midi avec Nastasia, la petite fille de Bernard. Hier matin, après avoir admiré le vitrail de sainte Thérèse, sa patronne protectrice, et allumé un cierge à l'église de Burnhaupt, pour faire rigoler son entourage, il a simulé un sprint dans la nef. Puis il a pris un bain de jouvence, en allant rendre visite aux élèves de CM2 de Claude Masson et de CE2 de Xavier Trommenschlager qui lui ont posé de nombreuses questions.

 

Laetitia : quel avait été votre entraînement, lors de votre titre de champion olympique à Melbourne en 1956 ?

Pendant deux ans, j'ai fait 40 km par jour. Je m'entraînais en secret en Corrèze. Quand je suis arrivé en Australie, personne, même pas ma femme, ne savait que j'allais courir le marathon. Quand je l'ai annoncé, on ne m'a pas pris au sérieux. Et pourtant, j'ai gagné. Pendant l'épreuve, il a fait 400C. J'ai perdu 4 kg. J'étais comme un squelette ambulant. Vous savez, en soixante ans de sport, ma vieille carcasse a couru l'équivalent de six fois le tour de la Terre.

 

Marc : demain (NDLR : aujourd'hui) est-ce que vous allez courir les 10 km de la Ronde du Tilleul ?

Ça ne va pas la tête ! A 80 ans, tu rigoles. Demande à ton grand-père de courir, et tu verras s'il le fait. Tu imagines la tête de mon ami Bernard Fassnacht, si je meurs en courant.

 

Elodie : qu'est-ce qui vous a donné envie de courir ?

J'étais déjà sportif et champion olympique dans le ventre de ma maman. Quand elle était enceinte, elle m'a dit que je bougeais beaucoup. Champion, c'est un don de la mère et du ciel.

 

Nicolas : avez-vous déjà abandonné une course ?

Il ne faut jamais abandonner. On doit toujours finir une course, même si on est pas bien. Même s'il faut mettre cinq heures pour aller au bout d'un marathon.

 

Killian : quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Un des plus importants, c'est la rencontre avec ma femme. Elle est originaire de Corrèze. C'est fou comment un petit département a pu donner des grands hommes : trois papes, un président du Conseil, un président de la République et un champion olympique.

 

Caroline : avez-vous pratiqué d'autres sports que la course ?

J'ai découvert l'athlétisme à 18 ans, à l'armée. Avant j'ai joué au football, j'étais capitaine à 12 ans. A 14 ans, en Algérie, avec mon vélo lourd de 17 kg, je battais tout le monde. Cela m'a musclé les cuisses.

 

Delphine : vos enfants courent-ils ?

Mon petit-fils fait beaucoup de sport. J'ai toujours dit qu'il fallait que les enfants commencent le sport dès la maternelle. Il faut que la course soit un jeu. Il faut aller à son allure jusqu'à 16 ans. Après on peut forcer.

 

Loic : combien avez-vous de coupes ?

J'ai une pièce entièrement consacrée à mes trophées. Dans ma salle à manger, j'ai aussi une médaille d'or de Jean-Paul II. Il me l'a fait transmettre. Lui aussi était un grand sportif. Le pape a dû apprécier mes exploits. J'ai été 32 fois champion de France, 4 fois médaillé olympique, 4 fois champion du monde de cross. Je dis toujours, celui qui m'égalera, même sa grand-mère n'est pas encore née !

 

Jean-Philippe : quel souvenir gardez-vous de votre titre olympique ?

J'avais mis cinq jours pour me rendre en Australie. Je me souviens qu'il y avait eu plusieurs signes venus du ciel. Premièrement, le jour du marathon, il a fait un grand soleil, alors qu'il avait plu les jours précédants. Deuxièmement, ma fille Olympe est née la veille de l'épreuve. Enfin, pour la course, on m'a donné le dossard 13. C'est incroyable !

 

Alexandre : quel est votre sport préféré ?

La course à pied. C'est la maman de tous les sports.


Les enfants de l'école de Burnhaupt-Le-Haut ont accueilli l'athlète dans la cour de récréation. Pour Alain Mimoun, il faut commencer le sport dès la maternelle.

Recueillis par Patrice Barrère

Séance d'autographe : Alain Mimoun accompagne toujours sa signature de trois lettres : « EED » qui veulent dire « Espère En Dieu ».

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