Verrier d'art, le dompteur de lumière
Elève de l'Ecole nationale des métiers d'art à Paris, Fabien Schultz crée et réalise à Burnhaupt-le-Haut des vitraux depuis l'âge de 25 ans.
LE VITRAIL, c'est tout un art. « L'art de créer des images, une ambiance, une vie à travers les rayons de lumière ». A 48 ans, Fabien Schultz sait de quoi il parle. Il exerce le métier de verrier d'art à Burnhaupt-le-Haut depuis l'âge de 25 ans. Son père, instituteur et secrétaire de mairie, n'a pas cherché à contrarier ce choix professionnel. Et Sainte-Odile, la patronne de l'Alsace, sa terre natale, l'a aidé à se propulser dans le métier. En 1975, après les Beaux Arts à Mulhouse et l'École nationale supérieure des métiers d'art à Paris, Fabien Schultz crée les 100 m² de vitraux de l'église Sainte-Odile de Wintzenheim. Dans un style contemporain, il réalise une composition ascendante dans laquelle se devine des yeux, en référence à la sainte parfois invoquée par les malvoyants. « C'est ce travail qui a véritablement lancé ma carrière » explique l'artiste peintre verrier. Il précise : « L'architecte Joseph Muller m'a proposé de travailler avec lui à Saint-Pierre-et-Miquelon, où j'ai réalisé des vitraux dans une partie de la cathédrale. C'était un grand moment, que de voir naître au fur et à mesure cette oeuvre de 75 m² ». Dans son atelier aux grandes baies vitrées donnant sur la rue du Bosquet, Fabien Schultz compose aujourd'hui entre la création et la réalisation de travaux pour des particuliers. Aux dessins amoncelés sur les tables, aux morceaux de verre scotchés aux vitres, aux pots de couleurs et pinceaux, on sait que l'on se trouve chez un peintre, un artisan, un artiste. On ne sait plus à quelle époque. Il règne dans cet antre de lumière une atmosphère médiévale. Au fil des siècles, les gestes du verrier n'ont pas changé. Ni le procédé de teinture du verre, qui date du XIIIe siècle.
TECHNIQUE IMMUABLE
Le déroulement de la fabrication du vitrail reste immuable : après la réalisation de la maquette, il faut effectuer le tracé, le calibrage, le gabarit, et le découpage du verre. Fabien Schultz utilise principalement du verre soufflé fabriqué artisanalement à Saint-Etienne, dans une gamme qui offre près de 450 couleurs ! Il trace les traits de son dessin avec un pinceau enduit de « grisaille », un mélange d'oxyde et de vinaigre. Après une première cuisson à 650 degrés, les traits sont recouverts de grisaille mélangée à l'eau, parfois travaillés à la brosse et recuits. Chaque carreau est retourné pour appliquer la couleur, puis recuit. Il passe ainsi deux à trois fois dans le four. Vient ensuite l'opération du sertissage et de la mise en plomb. Travail qui revient souvent à Cécile, la femme de l'artiste. Ancienne secrétaire générale dans les Yvelines, elle a tout lâché quand elle a aperçu dans une église son maître verrier, sur son escabeau perché. Fascinée par les vitraux, Cécile tranche avec précision la baguette de plomb qui unit chaque morceau.
TRIPTYQUE
Les points d'assemblage sont ensuite fixés à l'étain, au fer à souder, recto et verso. Reste alors à passer de l'huile de lin et de la craie, pour le masticage, qui solidifie et imperméabilise le vitrail. Il s'agit de panneaux pour les vitraux de l'église de Biederthal, dans le Sundgau. Comme pour ses autres créations, Fabien Schultz joue avec les couleurs, les lignes et les formes. Il aime travailler le vitrail dans son intégralité, c'est-à-dire quand il peut mettre en valeur son triptyque : couleur, grisaille, plomb. Doué dans l'art de la fracture, il donne à ces tableaux vivants un mouvement subtil, presque évanescent, un élan vers le haut, vers l'au-delà. « L'artiste verrier est simplement un illuminé, il apporte la lumière », dit-il. Jamais de manière anodine. « Le vitrail entre dans une architecture. Pour une orientation au sud, il est préférable d'utiliser un maximum de couleurs froides, pour faire chanter le vitrail».
Pétri de religion et d'histoire, Fabien Schultz a baigné tout jeune dans l'atmosphère encensée des églises.
ÉGLISE ET INSPIRATION
Depuis tout petit, il est titulaire de l'orgue de l'église de Burnhaupt. Un oeil sur ses partitions, un autre sur les tableaux de lumière. C'est sans doute ce qui l'a orienté vers son métier. Pour lui, le vitrail existe grâce aux églises. Il est pessimiste pour l'avenir des verriers. « Seuls ceux qui feront du thermoformage, du soufflage et pas seulement du vitrail s'en sortiront ». Sans doute guidé par la lumière divine, il continue à travailler dans les églises, comme celle de Kirchberg, où il a réalisé le vitrail au fond du coeur. Les paraboles lui parlent et il les fait parler. Il tient beaucoup à l'oeuvre qu'il a créée à Kappelen il y a 15 ans. Un vitrail au dessin presque naïf représentant la Vierge coiffée de douze étoiles. L'Apocalypse selon Saint-Jean, mise en lumière par Fabien Schultz. Une image aux mille visages fascinante, emportant l'esprit sur les chemins de la réflexion. Si l'on en croit André Malraux, « le génie du vitrail finit quand le sourire commence ». Pour en juger, il suffira à l'avenir de lever le nez.
Dans son atelier de Burnhaupt-le-Haut, Fabien Schultz créé des tableaux de lumières.
Estelle AUBERT