Article parue dans le journal Alsace : - Petit train de la douleur -
Les indispensables travaux de sécurité sur la ligne Cernay-Sentheim menacent toujours le train touristique. Mais les élus semblent cette fois en bonne voie de trouver une solution.
L'AUTORISATION de fonctionner en 1997 ne sera donnée au Petit Train de la Doller que si des travaux sur la voie sont réalisés dans l'année. Le sous-préfet de l'arrondissement de Thann ne peut être plus clair. En guise de wagons la locomotive du train touristique traîne à nouveau derrière elle le problème des indispensables travaux de sécurité sur la ligne comme une ribambelle de casseroles. « Cette fois nous avons pris les devants pour éviter d'accorder une autorisation de circuler dans l'urgence », poursuit Stéphane Guyon. Deux réunions rassemblant sous son égide les représentants de l'Etat, de la Région, du Département et des collectivités locales concernées se sont déjà déroulées depuis l'été dernier pour tenter de trouver une solution. Une troisième séance est prévue dans les trois semaines à venir. « Si un certain nombre d'éléments nouveaux ont été apportés par le SIVOM de la Doller notamment, les problèmes financiers restent entiers », indique encore le sous-préfet. Et d'ajouter : « Nous devons trouver une portion sur laquelle des travaux pourraient être engagés rapidement ».
AUDIT SANS SUITE
L' audit effectué en 1996 par une filiale de la SNCF, la Cogerail, prévoyant 6 MF de travaux sur toute la ligne et sur cinq ans, n' a pas été suivi d'effet alors que 1,6 MF auraient déjà dû être engagés l'année dernière pour la mise aux normes. L'association de bénévoles, qui s'occupe du Petit Train et génère un chiffre d'affaires de 300 000 F par an, n'a évidement pas les moyens d'assumer seule la réfection des six kilomètres de voie comme l'y oblige la convention de concession signée en 1975 avec le propriétaire, le Département. Celui-ci a alors interpellé les élus leur demandant de réfléchir à l'avenir du Petit Train en ces termes : « Dans quelles conditions l'intérêt touristique et économique de ces installations ferroviaires pourrait être préservé et si possible développé?».
ENQUÊTE TOURISTIQUE
Pour l'heure, seuls les élus de la vallée de la Doller semblent s'intéresser vraiment au problème. Dès la première réunion, ils ont proposé de faire réaliser et de financer entièrement (82 000 F) une étude d'impact touristique du Petit Train reliant Cernay à Sentheim. Elle a été effectuée cet été auprès des voyageurs, des loueurs de gîtes, des hôtels restaurants et des campings mais n'apprend rien qu'on ne savait déjà : « clientèle familiale qui prend le petit train pour faire plaisir aux enfants, paysage banal, manque d'explications sur l'utilisation de la locomotive diesel et d'animations à Sentheim ». Les restaurateurs et les loueurs estiment pour leur part l'impact du train faible, voire nul. Dans sa partie « Entretiens » qui occupe d'ailleurs 13 des 17 pages, l'étude apporte davantage d'informations sur les différentes prises de positions des élus qu'elle a le mérite de clarifier. Le SIVOM de la Doller y affirme déjà vouloir élaborer un projet touristique d'ensemble englobant la promotion du Petit Train. Aujourd'hui le projet existe bel et bien. Pour son président Roger Gaugler « le Petit Train est une chance pour le vallée à condition de créer autour une politique ».
SENTHEIM : PÔLE TOURISTIQUE
Politique dans laquelle Sentheim deviendrait le pôle touristique avec des animations déjà existantes, comme la maison de la géologie, ou à créer. « Nous espérons que le projet de centre d'initiation à la nature sur lequel nous travaillons avec la Région verra le jour dans les deux ans à venir ». En attendant, les élus de la Doller imaginent aussi l'aménagement d'une vraie gare à Burnhaupt en lien avec le Musée du chemin de fer. Sans aller aussi loin, il suffirait dans un premier temps comme le préconise l'office du tourisme dans l'étude d'impact « de trouver des connexions entre les diverses offres d'animations proposées dans la vallée ». L'idée de développer des activités à Sentheim répondrait en tout cas à la critique émise par le président de l'association du petit train qui regrette dans l'étude « que le train n'aille nulle part ». « C'est ce que nous disent les gens », commente Jean-Pierre Gallet qui reste optimiste pour l'avenir des installations ferroviaires et se dit prêt à les faire fonctionner sur d'autres lignes. Aux yeux du président Gaugler, une chose est sûre : « Si nous arrivons à monter un projet de développement touristique, le Département s'engagerait à financer 70 % du montant des travaux de sécurité ». Qui prendra en charge les 30 % restant ? « Nous serions prêts à nous investir dans les travaux », assure Roger Gaugler. « Mais uniquement sur la portion Burnhaupt-Sentheim ».
CERNAY PESSIMISTE
Quid du parcours Cernay-Burnhaupt ? De ce côté, la réflexion est toujours au point mort. « On ne va pas investir des millions de francs pour s'entendre dire ensuite que le train ne passera plus à Cernay !» se défend le président de la communauté de communes de Cernay, Alain Blosenhauer. « Qu'on nous dise officiellement et clairement ce qu'il en est de la traversée de la RN 66 et nous serons en mesure de nous prononcer ». Avec le pont franchissant la Doller, la traversée de la route nationale pose, en effet, un gros problème de sécurité. Le déplacement du départ du Petit Train vers l'institut Saint-André ne fait pas l'unanimité. « Dans cette hypothèse, il faudrait créer une nouvelle gare, une nouvelle voie et l'investissement deviendrait extrêmement lourd » indique le président. « Elle pose par ailleurs le problème de la liaison entre Cernay et Saint-André pour les touristes intéressés. On a évoqué l'idée de faire une passerelle au-dessus de la route mais tout cela n'est pas chiffré ». A Cernay, les élus affirment vouloir se battre pour que le Petit Train parte ou passe à Cernay tout en indiquant que leur priorité reste la réalisation du projet routier de la RN 66. Pour eux, la suppression du départ du train à la gare de Cernay paraît inéluctable. Au point de la considérer comme pratiquement définitive. Dans ce cas bien sûr toute participation financière aux travaux sur la ligne vers la Doller est exclue. Aujourd'hui les uns comme les autres tournent plutôt leur regard vers la vallée de Thann et imaginent déjà un train à vapeur filer vers Kruth, son lac et ses pédalos. La Doller voudra-t-elle assumer seule la réfection d'une ligne partant de Saint-André ou préférera-t-elle la circonscrire à la vallée au risque de réduire et son trajet et son intérêt ? La prochaine réunion avec le sous-préfet de Thann apportera sans doute des réponses à toutes ces questions et permettra, il faut l'espérer, de remettre le petit train de la Doller sur de nouveaux rails !
Avec ses quelque 15 000 clients chaque année, le petit train est un vrai atout touristique pour la vallée et les élus de la Doller sont prêts à se battre pour le conserver et le développer.
Estelle AUBERT